Selfie / Drelfie

Quand l’image de soi devient un comportement à risque



Chaque seconde, près de 1 000 autoportraits sont pris dans le monde. Le selfie est devenu un geste banal, presque automatique, intégré à nos voyages, nos soirées, nos réussites du quotidien. Il permet de garder une trace, de partager un moment, de se mettre en scène auprès de ses proches ou de sa communauté en ligne.
Mais derrière cette pratique largement normalisée se cachent parfois des comportements à risque, aux conséquences bien réelles. Parmi eux, une dérive plus spécifique attire l’attention : le drelfie, contraction de drunk et selfie, désignant les selfies pris sous l’effet de l’alcool.

Qu’est-ce qu’un selfie, et qu’est-ce qu’un drelfie ?



Un selfie est un autoportrait photographique, généralement pris à l’aide d’un smartphone et souvent destiné à être partagé sur les réseaux sociaux. Il peut être individuel ou collectif, spontané ou préparé, anodin ou très scénarisé.
Le drelfie, quant à lui, correspond à un selfie pris en état d’ivresse. Il ne s’agit pas simplement d’une photo de soirée, mais d’une pratique où l’alcool altère le jugement, la perception du danger et la prise de décision. Dans ce contexte, certaines personnes se mettent en situation à risque, parfois sans en avoir pleinement conscience sur le moment.

À côté de ces catégories, on observe aussi :
• des selfies à risque (pris en hauteur, près de routes, de falaises, de plans d’eau),
• des selfies compulsifs, associés à une recherche excessive de validation sociale.
définition du selfie digital wellness

Pourquoi le selfie est-il devenu si attractif ?



Le succès du selfie ne relève pas du hasard. Il répond à plusieurs mécanismes psychologiques et sociaux :
• Besoin de reconnaissance : likes, commentaires et partages agissent comme des renforcements positifs.
• Construction de l’image de soi : le selfie permet de contrôler ce que l’on montre aux autres.
• Appartenance sociale : publier une photo, c’est exister dans le flux numérique collectif.
• Comparaison sociale : les réseaux accentuent la mise en compétition implicite des apparences et des expériences.
Pris isolément, ces mécanismes sont humains et normaux. Le problème apparaît lorsque la recherche d’approbation prend le pas sur la prudence, ou lorsque l’image devient plus importante que la sécurité.
les risques de l'addiction au selfie digital wellness

Selfies à risque : une quête de sensations amplifiée



Dans certains contextes, le selfie ne sert plus seulement à capturer un souvenir, mais à prouver quelque chose : audace, originalité, dépassement de soi. Les lieux dangereux deviennent alors des décors attractifs.

Des accidents mortels ont été recensés dans le monde à la suite de selfies pris :
• en hauteur (toits, falaises, monuments),
• près de voies de circulation,
• dans des zones naturelles instables,
• ou à proximité de plans d’eau.

Ces situations illustrent un phénomène bien connu en psychologie : la surestimation de ses capacités combinée à une minimisation du risque, souvent renforcée par la pression sociale numérique

Le drelfie : quand l’alcool supprime les signaux d’alerte



L’alcool agit directement sur les fonctions cognitives :
• baisse de la vigilance,
• altération du jugement,
• désinhibition comportementale,
• impulsivité accrue.

Dans ce contexte, le drelfie devient particulièrement dangereux. Une personne alcoolisée peut :
• s’approcher trop près d’un danger,
• perdre l’équilibre,
• ignorer des signaux de sécurité,
• ou suivre un mouvement de groupe sans recul.

Le numérique joue ici un rôle amplificateur : l’envie de capturer le moment et de le partager immédiatement prend le dessus sur l’évaluation rationnelle de la situation.

Des conséquences bien réelles



Les risques liés aux selfies et drelfies ne se limitent pas aux accidents physiques, aussi graves soient-ils.

Ils peuvent aussi entraîner :
• des traumatismes psychologiques après un accident ou une exposition médiatique non souhaitée,
• des atteintes à l’estime de soi, liées à la comparaison constante,
• des situations de cyberharcèlement ou de moqueries,
• une normalisation de comportements dangereux, notamment chez les plus jeunes.

Dans certains cas extrêmes, la pratique du selfie peut s’inscrire dans une logique quasi addictive, où l’absence de publication génère frustration, anxiété ou sentiment d’invisibilité.

Vers un usage plus conscient des selfies



L’objectif n’est pas de diaboliser le selfie, mais d’encourager une pratique plus réfléchie et plus sûre. Quelques pistes peuvent contribuer à réduire les risques :
• Replacer le contexte au centre : un moment vaut-il une prise de risque ?
• Questionner l’intention : pourquoi publier cette image ?
• Sensibiliser les jeunes aux enjeux de sécurité et d’image.
• Encourager une déconnexion temporaire lors de situations festives ou à risque.
• Responsabiliser collectivement : entourage, plateformes, institutions.

Développer une relation plus saine aux usages numériques, c’est aussi apprendre à ne pas tout documenter, et à accepter que certains moments existent sans être partagés.
Le selfie est un symbole fort de notre époque : accessible, expressif, social. Mais lorsqu’il devient un comportement à risque, notamment sous l’effet de l’alcool, il révèle les dérives possibles d’un usage numérique non conscient.

Comprendre ces mécanismes permet non pas de culpabiliser, mais de mieux prévenir, et de promouvoir un rapport au numérique plus équilibré, où la sécurité et le bien-être priment sur la mise en scène.