Dépendance à l’IA : un compagnon à deux faces

L’intelligence artificielle s’est immiscée dans presque tous les aspects de notre quotidien. Des assistants vocaux aux chatbots, en passant par les générateurs d’images ou de textes, elle facilite nos tâches, nos loisirs et même nos interactions sociales. Pour les jeunes générations, l’IA n’est plus seulement un outil : elle devient parfois un compagnon quasi indispensable, capable de répondre instantanément à leurs besoins d’information, de création ou de divertissement.

Cette proximité soulève des questions inédites : peut-on devenir dépendant de l’IA ? Quels mécanismes psychologiques favorisent cette dépendance ? Et comment l’utiliser de manière bénéfique pour apprendre, créer et se développer ?

Quand la dépendance à l’IA émerge



La dépendance à l’IA se définit comme un besoin compulsif d’interagir avec des systèmes d’intelligence artificielle, au point que l’individu éprouve des difficultés à fonctionner ou à prendre des décisions sans leur assistance. Ce phénomène touche particulièrement les jeunes, qui utilisent l’IA pour tout : rédiger un devoir, générer une image pour un projet, produire un texte pour les réseaux sociaux ou planifier leur emploi du temps.

Cette dépendance se manifeste par plusieurs comportements :

• Consultation quasi constante d’outils d’IA pour résoudre des problèmes ou créer du contenu.
• Incapacité à compléter une tâche sans demander l’aide d’une IA.
• Frustration ou anxiété lorsqu’un outil n’est pas disponible.
• Délaissement progressif de la créativité ou de la réflexion personnelle.

Exemples concrets d’IA et leurs effets



Chatbots et générateurs de texte

Des outils comme ChatGPT ou Bard sont largement utilisés par les jeunes pour rédiger des devoirs, des messages ou des posts sur les réseaux sociaux. L’IA offre des réponses rapides, structurées et surtout sans effort. Certains jeunes commencent alors à dépendre de ces outils. Pourtant, bien utilisés, ils permettent aussi d’apprendre, de se challenger, de découvrir de nouvelles idées et de facilité l’expression.

Générateurs d’images

Des applications comme DALL-E, MidJourney ou Stable Diffusion permettent de créer instantanément des images réalistes ou artistiques à partir d’une simple description textuelle. Pour les jeunes, ces outils peuvent devenir un tremplin pour la créativité, en aidant à visualiser des concepts, tester des idées et explorer des styles artistiques différents, tout en développant leur sens esthétique.

Assistants vocaux et IA conversationnelles

Alexa, Siri ou Google Assistant ne sont pas que des gadgets : ils peuvent devenir de véritables compagnons , fournissant des réponses rapides, des rappels, des conseils ou des informations sur demande. Bien utilisés, ils peuvent encourager l’autonomie et l’organisation personnelle, en aidant les jeunes à gérer leurs projets et à structurer leur temps.

Pourquoi les jeunes sont particulièrement concernés



Plusieurs facteurs expliquent la sensibilité des jeunes à cette dépendance :

• Habituation aux interfaces numériques : Ils ont grandi avec des applications et des plateformes digitales, ce qui rend l’IA immédiatement accessible et naturelle.
• Récompense instantanée : Interagir avec une IA produit des résultats rapides et gratifiants, activant le circuit de la récompense et renforçant la répétition.
• Pression scolaire et sociale : Les IA permettent de produire du contenu rapidement, tentation accrue face aux exigences scolaires ou sociales.
• Isolement et besoin d’accompagnement : Les jeunes trouvent parfois dans l’IA un compagnon toujours disponible, remplaçant temporairement les interactions humaines.

L’IA comme alliée des jeunes



Plutôt que de présenter l’IA uniquement comme un risque, il est important de reconnaître ses aspects positifs et éducatifs. Bien employée, elle peut devenir un allié précieux pour les jeunes :

• Stimuler l’apprentissage : Les chatbots et générateurs de texte permettent de comprendre des notions complexes, proposer des exemples et enrichir l’écriture. L’IA devient un complément pédagogique, capable de guider sans remplacer la réflexion.
• Favoriser la créativité : Les générateurs d’images ou de musique offrent un terrain d’expérimentation pour visualiser des idées, tester des concepts et développer des projets.
• Encourager l’autonomie et l’organisation : Les assistants vocaux et agendas intelligents aident à structurer le temps, planifier des projets et suivre des objectifs, renforçant l’autonomie personnelle.
• Susciter curiosité et expérimentation : L’accès rapide à des informations ou à des simulations incite les jeunes à poser des questions, tester des hypothèses et apprendre par l’expérience.
• Offrir un accompagnement inclusif : Pour les jeunes ayant des besoins éducatifs particuliers, l’IA peut fournir un soutien personnalisé, réduisant les obstacles à l’apprentissage et stimulant la confiance en soi.

FRIEND et le pendentif connecté



Au delà des gadgets présents dans notre quotidien (Siri sur le téléphone, Alexa), certains cherchent à faire rentrer L’IA physiquement dans notre quotidien. C’est l’exemple de Friend.com, un chatbot compagnon symbolisé par un pendentif autour du cou. Créé par Avi Schiffmann, il est pensé comme un ami accompagnant le porteur par une présence constante. Celui-ci est capable de répondre aux messages, de lancer des conversations et de réagir à l’environnement en permanence. Présenté comme écoutant uniquement lorsque l’utilisateur appuie dessus, la frontière entre écoute ponctuelle et permanente n’est pas claire dans les publicités le vendant.

L’idée est initialement pensée comme séduisante : un compagnon numérique disponible pouvant soutenir, converser et aider dans la vie quotidienne. Mais cette présence s’accompagne de risques nouveaux :

• Dépendance émotionnelle : l’utilisateur peut rechercher la validation et le réconfort de son chatbot plutôt que celui des relations humaines.
• Isolement social : en proposant une solution libre de tout risque lié aux relations humaines, les compétences sociales et la capacité à gérer les émotions s’en trouvent impactés.
• Intrusion dans la vie privée : un objet qui enregistre en permanence pour interagir avec son porteur pose des questions sur la vie privée, la collecte de données, la surveillance et le contrôle.
• Renforcement du comportement compulsif : avec un pendentif toujours autour du cou, on peut avoir un renforcement de la dépendance au digital et du besoin de s’y référer, augmentant le risque de cyberdépendance.

Cet exemple illustre parfaitement la frontière floue entre l’utilisation de l’IA en tant qu’outil, auquel on peut se référer lorsque qu’on a une question ou qu’on en a besoin, et une IA omniprésente, s’invitant dans la vie privée et dans les interactions humaines. Ce qui peut avoir un impact direct sur le développement social et émotionnel des jeunes.

Pour conclure



L’IA est un outil puissant, capable de transformer la manière dont les jeunes apprennent, créent et interagissent. Elle peut devenir un compagnon quasi indispensable, parfois au risque de dépendance, mais elle peut aussi stimuler l’autonomie, la créativité et l’apprentissage. Reconnaître les mécanismes qui rendent l’IA addictive tout en valorisant ses bénéfices permet aux jeunes, et à leurs parents ou éducateurs, de développer un usage réfléchi et équilibré, où la technologie complète plutôt qu’elle ne remplace les compétences humaines.